Album | "Spicy street quartet + guests"

Composition Richard Silbermann

Richard Silbermann, saxophoniste et compositeur, a composé la musique de cet album, exceptés le titre 9 : Padouda et le titre 6 : Déambulation qui sont de Philippe Goehrs, le pianiste du groupe.

L'équipe a choisi de vous commenter chacun des morceaux qui composent l'album.
Ecoutez les extraits ici.

  • Richard Silbermann (saxophone)
  • Philippe Goehrs (piano)
  • Thierry Tardieu (batterie)
  • Simon Téboul (contrebasse)

Pour réaliser cet album, nous avons invité des musiciens amis et amies parmi lesquels-les :

  • Rob Lavers (saxophone)
  • Fanny Menegoz (flûte)
  • Awa Timbo (chant)
  • Jean Wellers (violon 6 cordes)
silbermann_orchestre

"À l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale" écrivait Andy Wahrol.

C'est ce rêve en musique gravé sur cette galette de polycarbonate, recouverte d'aluminium que vous allez écouter. Les compositions sont toutes originales et pour la plupart de la plume de Richard Silbermann. Pas de standards anciens ou récents ici, même si l'on se surprend à fredonner les mélodies tant leur évidence mélodique semble des ... standards justement ! D'ailleurs est-ce un hasard, si un thème est proposé en version instrumentale et chantée ? Le défi serait presque d'imaginer des paroles sur l'ensemble des thèmes.

"Et si plutôt que de rêver de célébrité on parlerait ici de plaisir partagé ?"

Oui, c'est bien de cela qu'il s'agit d'un partage musical par ce quartet de musiciens talentueux. Un partage généreux avec des invités remarquables, autour d'une table garnie de thèmes savoureux, goûteux, tendres, originaux. Et si le chef cuisinier a l'intelligence et la modestie de servir ses invités en premier, quand il se met à table avec son saxophone on s'aperçoit qu'il n'a pas à rougir de sa cuisine inventive et qu'il sait, lui aussi, faire monter, la sauce habilement.

Alors qui sont ces musiciens ? Et bien on peut dire que ce sont tous des chefs (ou des cheffes) étoilés qui ont déjà de longues expériences des meilleures tables. Car Richard Silbermann s'est entouré d'individualités douées et singulières pour réaliser ses recettes musicales.

Petit tour de table de présentation :

Philippe Goehrs a été le solide pianiste accompagnateur régulier du jazz club de l'hôtel Latitudes et on l'a entendu auprès des saxophonistes Stéphane Guillaume, et Jean Michel Couchet.

Simon Teboul, contrebassiste a une longue expérience d'accompagnateur avec entre autres Jimmy Gourley, Claudio "Cacao" Queiroz, Michel Delakian.

Thierry Tardieu, le batteur qui est aussi percussionniste, est lui un spécialiste des cuisines exotiques, il a accompagné Paolo Fresu, Enrico Rava, Nico Morelli pour ne citer qu'eux.

Quant à Rob Lavers sa polyvalence l'a conduit à jouer avec Laurent de Wilde, Philippe Baden Powel parmi bien d'autres musiciens.

L'inhabituel violon six cordes est joué par Jean Wellers, luthier à ses heures perdues et contre bassiste talentueux qui a joué entre autres avec le pianiste Serge Forté, Didier Lockwood, le big band de Fred Manoukian.

Awa Timbo la séduisante chanteuse, a l 'expérience du jazz auprès de Paco Sery, et Andy Emler notamment.

Et enfin la flûte envoutante de Fanny Mennegoz a été remarquée auprès du chef étoilé Magic Malik et dans le collectif Surnatural Orchestra.

Le menu servi ici respecte les canons du jazz hard bop dans sa plus belle expression tel que l'ont énoncé Horace Silver, les Jazz Messengers, Wayne Shorter, pour n'en citer que quelques-uns, et l'écurie du label Blue Note des années cinquante.

Alors "Rien de nouveau sous le soleil ?"

Pas si sûr, car si le parti-pris ici est de ne pas rejouer les standards éternels ou actuels l'audace de Richard Silbermann est de nous proposer ses propres compositions, qui tout en respectant les canons du hard bop, nous proposent un alliage musical inédit ; des solos contrapuntiques, des couleurs sonores et des timbres inhabituels : le mariage du violon à six cordes à la flûte et à la voix chaude d'une chanteuse singulière...

Et si vous prenez la peine d'écouter, derrière le classicisme apparent des énoncés musicaux, on décèlera dans ces thèmes absents de tout cliché, une fraicheur inhabituelle, un sens mélodique qui surprend par son évidence, et la mise en valeur, toujours pertinente et à propos des timbres des solistes invités.

ça commence en douceur avec

On the way to school

nonchalant à souhait, comme celui d'une adolescente sur le chemin de l'école, Simon Teboul prend le premier chorus de contrebasse, suivi par un solo de flûte très bien construit de Fanny Menegoz. Changement d'ambiance et de décor avec

Spicy street

qui évoque les parfums épicés d'une rue parisienne. Une introduction mouvante annonce un thème musclé, suivi du premier solo de Richard Silbermann au saxophone ténor, tout en en rondeur, plein d'assurance ; lui succède un surprenant solo de violon six cordes avec les mélismes … épicés justement ! de Jean Wellers. La conversation à trois se conclue par le solo de batterie de Thierry Tardieu , tout en finesse, alternant tension et relâchement, et qui va avec à propos annoncer le thème d'origine.

CharliSi

Un thème plein d'assurance, lui aussi avec une couleur latine assumée. Un morceau qui présente l'alternance entre la rythmique latine et les passages en 12/8 du pont qui se développe avec allant. On notera les ornements du thème, entre les deux saxophones soprano de Richard Silbermann et celui du ténor de Rob Lavers. C'est lui qui prend le premier et long chorus avec une maestria impressionnante. La suite nous permet d'apprécier les qualités de soliste de Philippe Goehrs, accompagnateur pertinent, et soliste inventif et nuancé. Retour au thème pour conclure.

Sacha's mood

Une tournerie binaire tout en retenues et ponctuations inattendues. On notera la cohésion et la solidité de la rythmique, mention particulière au batteur Thierry Tardieu, qui tient un groove constant et chaloupé durant son remarquable solo.

Eat that turnip T.

en mode binaire à la Horace Silver, un thème que l'on se surprend à chanter à l'unisson des solistes et pourquoi pas imaginer des paroles sur cette chanson. Premier chorus inventif de Richard Silberman qui prend le temps du développement, suivi par le solo de flûte enchantée de Fanny Menegoz qui poursuit ses contrechants durant l'exposé final du thème.

Déambulation

changement de décors, d'ambiance et de rythme pour ce thème, composé par le pianiste Philippe Goehrs, qui paresse nonchalamment. C'est l'occasion d'entendre Richard Silbermann au saxophone soprano, exposer cette somptueuse mélodie qui exprime une réminiscence rêveuse et nostalgique qui n'est pas sans évoquer certaines compositions de Wayne Shorter. Philippe Goehrs prend le premier chorus, puis Rob Lavers au saxophone ténor toujours aussi pertinent. Là aussi le chorus suit son cours pendant la réexposition du thème créant un brouillard mélodique du plus bel effet.

Moyshe

Une ballade retenue, une élégie délicate et pudique dévoilée par le saxophone soprano mêlé au violon délivrant une couleur sonore inédite. Richard Silbermann délivre un solo de saxophone soprano étincelant, suivi par l'étonnant violon six cordes de Jean Wellers dont les contours et les ornements nous rappellent les couleurs du jazz manouche.

Hélène's rondo

Une ballade à nouveau, qui ressemble plus à une jazz-waltz ralentie. Un thème que l'on retrouvera chanté avec délicatesse par Awa Timbo en fin de disque. Une introduction exposée rubato par le pianiste donne le ton du morceau, avec une couleur harmonique proche de l'univers d'un Bill Evans. Un ostinato contrebasse piano et Richard Silbermann expose le thème très sensible avec un son de saxophone suave et rond. Fanny Menegoz nous gratifie d'un solo particulièrement acrobatique avec un son de flûte magnifique, chaud et vibrant. Philippe Goehrs au piano la suit avec un solo très habilement construit, tout en nuances. Réexposition du thème et une belle fin sur un point d'orgue.

Padouda

Un thème original composé également par Philippe Goehrs, dans la plus pure tradition hard bop du catalogue Blue Note. Un thème court, prétexte au premier solo du pianiste très pertinent suivi par celui de la contrebasse précise et chantante de Simon Teboul et Richard Silbermann prend le dernier chorus avant le retour final au thème.

Song for Mam

Une belle chanson (a lovely song) chantée par la voix chaude d'Awa Timbo, la flûtiste Fanny Menegoz détricote habilement le thème d'un solo de flûte vibrant, suivi par Rob Lavers au saxophone ténor, soliste inspiré. On retrouve le thème souligné par les contrechants du violon six cordes de Jean Wellers. Alors un pari réussi pour ce premier album ?
On souhaite à Richard Silbermann et à tous les musiciens qui ont participé à ce projet, de réaliser un autre rêve, celui de pouvoir jouer ces belles compositions en situation : dans un club, une salle de concert, un festival car comme l'a remarqué un philosophe français existentialiste myope dont le nom m'échappe "le jazz c'est comme les bananes ça se consomme sur place". Sean Jol

Pierre Moutot